Le marché high yield est en pleine forme
Par Xavier Diaz
(L’Agefi) — Tout semble possible sur le marché high yield (HY) euro comme en
témoigne le retour sur le marché primaire de Picard moins de trois mois après
avoir dû annuler une émission obligataire en raison de conditions de marché
non satisfaisantes, selon la société. Les investisseurs avaient jugé la
rémunération insuffisante. La chaîne de surgelés revient avec la même taille
d’émission (1,71 milliard d’euros) en sustainability-linked-bonds (SLB) en
trois tranches. «Pour que l’opération puisse avoir lieu aussi rapidement, les
banques ont dû s’assurer un socle important d’investisseurs prêts à suivre»,
indique un gérant.
L’émission doit permettre, comme en avril, de rembourser des dettes existantes
et de verser un dividende aux actionnaires (dividend recap). L’émetteur semble
avoir entendu en partie les investisseurs puisqu’il a réduit les maturités des
nouvelles obligations à 5-6 ans au lieu de 7-8 ans. La première indication de
prix (qui devrait être resserrée) montre un relèvement des rendements (dans le
bas des 4% pour les deux émissions garanties et dans le haut de 5% pour
l’obligation non garantie). Le montant de la part non garantie a en outre été
relevé.
La capacité de cet émetteur à revenir aussi rapidement dans le marché témoigne
de la dynamique du HY. Depuis le début de l’année, les émissions ont augmenté
de 91%, à 61 milliards d’euros, selon le décompte de Spread Research. Un
marché stimulé par les financements LBO (16% des placements) et par les
opérations de M&A (InPost et Renk).
«Les obligations sont devenues très attractives par rapport aux leverage
loans, comme l’a montrée l’augmentation de la taille de l’émission de Nobian»,
ajoute Benjamin Sabahi, responsable de la recherche crédit chez Spread
Research. Le groupe chimique Nobian a émis 525 millions d’euros d’obligations
SLB (+100 millions) et réduit dans le même temps de 100 millions son term loan
B.

Cinq émetteurs HY sont venus la semaine passée dans le marché dont Paprec (en
green bond) et Mobilux, la holding des magasins But. Le groupe de recyclage a
émis 450 millions d’euros avec un spread de 496 points de base (pb) pour
financer des acquisitions et rembourser une obligation à taux variable et le
PGE. Les 500 millions d’euros empruntés avec un spread de 470 pb par la maison
mère de But serviront pour près de la moitié au versement d’un dividende aux
actionnaires. Un dividend recap mieux accepté que celui de Picard en avril.
Tout est question de prix.