Le secteur aérien anime le marché du crédit
Par Xavier Diaz
(L’Agefi) — La saison estivale approche. Le secteur aérien est en première
ligne sur le marché du crédit euro. Sur le primaire, avec l’émission de
Ryanair, et sur le secondaire, avec l’annonce par Lufthansa de la suspension
du coupon de son obligation hybride.
L’émission de Ryanair (notée BBB) était considérée comme un test de l’appétit
du marché pour le secteur aérien et touristique, d’autant qu’elle intervenait
au lendemain de l’annonce par la compagnie low cost d’une perte annuelle
historique de 815 millions d’euros. Le groupe a levé 1,2 milliard d’euros à
5 ans et attiré 5,2 milliards de demandes. Un taux de souscription
particulièrement élevé pour la période (ils se situent entre 1 et 2 fois). Le
coupon servi est le plus-bas historique à 0,875%. La précédente émission en
septembre 2020, émise avec un coupon de 2,875%, traite sur la base d’un
rendement de 0,62%, signe du chemin parcouru par Ryanair.

La compagnie irlandaise n’est pas un cas à part. D’autres, ainsi que des
acteurs du tourisme, ont accédé au marché ces derniers mois : Easyjet, notée
BBB-, a émis 1,2 milliard en février à 1,875% et TUI Cruises, non noté, a émis
300 millions début mai à 6,5%.

L’allemand Lufthansa (BB-/Ba2) est également venu début février pour une
double transaction (4 et 7 ans) de 1,6 milliard pour rembourser une partie des
aides d’Etat. Son programme d’émission de 1,5 milliard a néanmoins du plomb
dans l’aile. La compagnie a été contrainte de suspendre le paiement du coupon
de son obligation hybride. La Commission européenne considère qu’il est
incompatible avec les aides publiques. Le coût des obligations est désormais
plus élevé pour le groupe allemand. Les dernières, émises avec des rendements
de 3,75% et 2,875%, traitent sur la base de rendements de 3,4% et 2,5%.

Cette suspension de coupon a néanmoins eu peu d’effet sur le marché des
hybrides. Les investisseurs considèrent le cas Lufthansa comme isolé et non
lié à une dégradation de la liquidité ou de la qualité de crédit. «Perdre un
coupon dans une obligation hybride ’corporate’ est exceptionnel. Les coupons
ont été payés même pendant la crise financière après-Lehman», poursuivent les
analystes de Spread Research. Après une chute de 8 points, à 90%, le prix de
l’obligation hybride Lufthansa est revenu au-dessus de 96% quand l’entreprise
a précisé que le coupon, qui est cumulatif, serait payé une fois qu’elle
serait sortie des aides publiques.