Le marché primaire du crédit au bord de l’indigestion
2021-04-27 04:45:11.637 GMT

Par Xavier Diaz

(L’Agefi) — Picard a été l’émission de trop pour le marché primaire high
yield (HY). Le distributeur de produits surgelés a renoncé à émettre 1,71
milliard d’euros d’obligations en raison de «conditions de marché non
satisfaisantes».

La semaine passée huit émetteurs notés en catégorie spéculative se sont
annoncés sur le marché euro avec plus de 4 milliards à émettre. Les
investisseurs commençaient à craindre une saturation. L’émission de l’allemand
Pfleiderer, qui a fait l’objet d’une restructuration en 2012, avait déjà sonné
l’alarme mi-avril. «Ce type d’émission suggère qu’on était clairement dans un
excès d’optimisme poussant à la prudence», relève Matthieu Bailly, gérant chez
Octo AM.

L’annulation de l’émission Picard le rassure sur le comportement du marché,
d’autant que le groupe n’exerce pas dans un secteur affecté par le Covid et
bénéficie d’un bon historique. Le format sustainability linked bond (SLB) n’a
pas suffi à emporter le suffrage des investisseurs. «Cela montre que l’ESG ne
fait pas tout», souligne Matthieu Bailly. Il n’y a pas eu assez de demandes
aux conditions proposées par l’émetteur pour un montant bien trop important à
absorber : l’émission de Pfleiderer était deux fois moindre. Certains
investisseurs ont réclamé des changements dans la documentation et un
relèvement du rendement (50 points de base de plus), que n’ont pas accepté les
actionnaires de Picard, indiquent des gérants.

Un autre paramètre a pu jouer : l’utilisation du cash. Une partie devait
servir à remonter des dividendes aux actionnaires. «Nous avons cette année une
accélération des opérations de financement avec ‘dividend recap’, constate
Benjamin Sabahi, responsable de l’analyse chez Spread Research. Nous nous y
attendions vu la demande importante de papier de la part des investisseurs, y
compris pour ce type d’opération». Depuis le début de l’année, on dénombre
cinq émissions partiellement ou exclusivement tournées vers des financements
de dividende : Verisure, Team System, Foncia, Pfleiderer et HSE, pour un
montant de 2,5 milliards d’euros en forte hausse par rapport à la même période
en 2020 (500 millions d’euros). De plus, l’analyste observe une plus grande
agressivité des opérations en termes de releveraging (réendettement) : «Depuis
2007, les dividend recap n’ont pas été aussi agressifs, y compris pour des
nouveaux venus comme Foncia ou HSE». Le ‘releveraging’ moyen est de 1,6 fois
cette année contre 1,1 en moyenne sur la période 2017-2021, toutes opérations
confondues.