Le haut rendement retrouve sa capacité d’émission
2020-12-08 08:19:33.200 GMT

Par Xavier Diaz

(L’Agefi) — Le marché primaire obligataire euros atteint de nouveaux sommets
en notation investment grade (400 milliards d’euros d’émissions) comme en high
yield. Dans la catégorie spéculative, les transactions se sont accélérées ces
dernières semaines à 90 milliards d’euros depuis le début de l’année, selon
Société Générale CIB. Depuis septembre, plus d’une cinquantaine d’émissions
ont pu être bouclées pour près de 28 milliards. «C’est le paradoxe de l’année,
souligne Benjamin Sabahi, responsable de la recherche chez Spread Research. En
mars dernier, en pleine crise, personne n’aurait imaginé une telle évolution».
Ce d’autant que les entreprises ont nettement augmenté leur endettement et que
si le risque de défaut a diminué, il reste vrai dans les secteurs les plus
touchés par la crise.

Pour Raphaël Chemla, gérant chez Edmond de Rothschild AM, cette capacité à se
refinancer malgré la crise est sans doute le point le plus marquant sur ce
marché: «On a vu des entreprises qui rencontraient des difficultés à se
refinancer avant la crise réussir à le faire. Cela a été le cas de CMA-CGM ou
de Tereos en octobre». Cette reprise du marché est le résultat à la fois des
soutiens publics (avec les prêts garantis, notamment), du soutien indirect de
la BCE, de l’anticipation d’une reprise économique et de résultats meilleurs
qu’attendu au troisième trimestre.

Par ailleurs, les émetteurs les plus touchés sont pour certains déjà passés
par la case restructuration (Selecta ou Europcar). Le marché est aujourd’hui
quasiment normalisé, estime Raphaël Chemla : «Le succès de l’émission
de Lufthansa en novembre est un signal très fort de cette normalisation».
Pourtant l’aérien est un secteur très affecté. Il en va de même de la double
émission en euro et en dollar de Carnival. «Lufthansa a recueilli 4,3
milliards d’euros de demande pour 1 milliard émis, relève Benjamin Sabahi. Il
y a un énorme appétit de la part des investisseurs pour les émissions notées
BB et BB+ et notamment pour les fallen angels qui ont pour point commun de
recueillir des demandes 4 à 6 fois plus importantes que l’offre». Au-delà des
«anges déchus» en catégorie spéculative, la plus grande diversité des profils
d’émetteurs reflète aussi ce retour à un marché plus normal. «Le marché est
plus réceptif, ce qui permet aux émetteurs qui n’avaient pas eu jusque-là la
capacité à se financer de le faire à de bonnes conditions vu le resserrement
des spreads et le niveau bas des taux», poursuit le gérant d’Edram.