Les investisseurs en dette spéculative en position de force
2020-05-26 

Par Xavier Diaz

(L’Agefi) — Loin d’atteindre les montants émis sur le marché dollar, le
marché high yield (HY) euro reprend à son rythme. «Nous ne nous attendions pas
à autant d’opérations», juge Raphaël Chemla, gérant chez Edram, pour lequel
les placements de dette notée en catégorie spéculative vont se multiplier, car
les entreprises ont besoin de cash et le marché, devenu moins volatil, le
permet. Mais si la demande reste forte, dans un contexte de taux bas et
négatifs, le pouvoir de négociation a changé de camp. «Il est passé chez les
créanciers et plus généralement tous ceux qui détiennent du ’cash’», note
Benoît Soler, gérant chez Keren Finance, qui rappelle qu’au cours des trois à
quatre dernières années les structures cove lite n’ont jamais été aussi
agressives et la protection juridique des créanciers aussi faible sur le
marché HY.

Remboursement en cas de prêt public

Des dispositions spécifiques ont vu le jour dans la crise actuelle. Ces
«clauses corona» prévoient le remboursement d’une partie du montant émis si
l’entreprise reçoit un prêt public dans les 120 jours. «Ce type de clause
n’est pas inhabituel, rappelle Benjamin Sabahi, responsable de la recherche
crédit chez Spread Research. Mais il s’agit généralement de remboursements
consécutifs à des augmentations de capital. La clause étend cette possibilité
à toutes les levées de ’cash’, quelle qu’en soit la source.» Cette clause,
surtout présente outre-Atlantique, n’est pas systématique en Europe (émission
de Merlin Entertainment). «Les opérations réalisées en mai l’ont toutes été
dans des secteurs relativement peu touchés par la crise. Il n’y a donc pas eu
besoin de clause spécifique pour placer le papier», explique Benjamin Sabahi.

«Ce type de clause ne nous surprend pas et c’est même plutôt sain car, si
l’entreprise n’a plus besoin de cet argent, il est logique qu’elle le
rembourse», juge Raphaël Chemla. Pour Benoît Soler, les investisseurs
devraient être plus sensibles, dans le contexte actuel, aux covenants des
émissions réalisées par des entreprises évoluant dans les secteurs les plus
affectés par la pandémie de Covid-19. «Nous serons particulièrement attentifs
au périmètre d’actifs garantissant les émissions», déclare le gérant qui
précise que, certaines filiales, parfois les plus rentables, peuvent ne pas en
faire partie. Outre les covenants, l’autre variable d’ajustement sera celle du
prix. Avec le risque d’échec pour certains émetteurs, comme dans le cas récent
du papetier Sappi.