Le marché high yield en euros teste les investisseurs
2020-02-04
Par Xavier Diaz
(L’Agefi) — Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand un émetteur parvient
à se refinancer sur le marché high yield (HY) euro trois ans après avoir
restructuré sa dette, c’est que la surchauffe n’est plus très loin. La société
grecque d’embouteillage Frigoglass, notée B-/B3, a réussi à placer 260
millions d’euros d’obligations avec un rendement de 6,875%. Les banques
conseil n’ont pas pour habitude de communiquer le montant du livre d’ordres
sur le marché HY. «Nous ne savons pas si la banque a pris une part de
l’émission qu’elle placera au fil de l’eau sur le marché», indique un
spécialiste qui relève néanmoins que la nouvelle obligation traite sous son
prix d’offre sur le marché secondaire.
«Les investisseurs cherchent du rendement sur des émetteurs plus risqués,
affirme Vincent Marioni, directeur Europe des investissements crédit chez
Allianz GI. Et cela devrait durer tant que la Banque centrale européenne
achètera des obligations». Avant la récente prise en compte par le marché du
risque du coronavirus sur la croissance, les primes d’émission (par rapport au
prix sur le marché secondaire) avaient fondu en début d’année. Un émetteur
comme Ineos Styrolution (BB/Ba2) a ainsi pu émettre 600 millions d’euros avec
un spread serré de 269 points de base (pb). Depuis la prime d’émission est
remontée à 17,5-25 pb.
L’émission Banijay aura valeur de test
«Le risque est que le marché se referme en raison des craintes liées au
coronavirus», juge Vincent Marioni. Cette semaine sera encore très active sur
le marché HY avec 2 milliards d’euros d’émissions attendues, dont Banijay
Entertainment qui aura valeur de test. «Le prix d’émission des obligations
Banijay sera scruté comme le véritable test pour le marché HY», juge Benjamin
Sabahi, responsable de la recherche crédit chez Spread Research. Le groupe
doit émettre 1,25 milliard en équivalent euro d’obligations en euros et en
dollars notamment pour refinancer l’acquisition de son concurrent Endemol. «Il
s’agit du refinancement le plus agressif d’un émetteur HY européen au cours
des trois dernières années», poursuit cet analyste. Les actionnaires financent
14% de l’opération tandis que le levier net augmente de 2,7 à 5,2 fois.

De plus en plus d’émetteurs viennent aussi refinancer leurs dettes bancaires
sur ce marché. «Depuis octobre dernier, il est aussi compétitif que celui des
loans», souligne Benjamin Sabahi qui reconnaît que cette tendance pourrait
accroître le risque alors que le marché est entré dans une phase avancée du
cycle.