01/10/2020 L’Agefi
Patrick Drahi a retourné les investisseurs
Par Olivier Pinaud
(L’Agefi) — En un an, Altice Europe a totalement retourné les investisseurs. Alors que l’opérateur de télécoms avait dû payer en mai 2019 une prime de 800 points de base pour assurer son retour sur le marché obligataire, il a concédé un spread 2,5 fois inférieur, pour des obligations de maturité comparable, lors de l’émission réalisée en milieu de semaine.
Le groupe de Patrick Drahi se félicite même d’avoir émis la dette la moins chère de son histoire : 2,25% pour des obligations en euro à 5 ans. Pour la souche à 8 ans, également en euro, le rendement global n’est que de 3%.
Au total, Altice Financing, la société qui porte la dette de la branche internationale (Portugal, Israël, République dominicaine) d’Altice, a émis l’équivalent de 2,8 milliards d’euros de nouvelles obligations. La somme servira à rembourser des obligations existantes, plus chères.
Résultat, Altice calcule que cette opération lui permettra de réaliser 187 millions d’euros d’économies annuelles, ce qui porte à 330 millions d’euros le montant de charges financières économisées depuis début 2019. Le groupe de Patrick Drahi est donc quasiment à la moitié de l’objectif d’économies qu’il s’était fixé (700 millions d’euros) à moyen terme et estime que celui-ci pourrait être atteint plus rapidement que prévu du fait de l’environnement de taux bas.
L’avancement à un rythme soutenu du plan de cessions d’actifs, avec en tête de pont la vente partielle des réseaux de fibre optique en France et au Portugal, ainsi que l’amélioration des performances opérationnelles de SFR, le premier actif du groupe, ont rassuré les prêteurs. Altice a également opportunément profité des effets positifs sur les marchés des politiques de la Banque centrale européenne et de son homologue américaine. En trois opérations menées en moins d’un an, l’opérateur a refinancé plus de 8 milliards d’euros de dette.
«Altice n’a plus de dette majeure à rembourser avant 2025, ce qui repousse tout risque de liquidité», souligne Jean-René Méduri, analyste crédit chez Spread Research. «Et en cas de besoin, le groupe aurait la capacité de réagir, par exemple en vendant Teads, qui n’est plus aujourd’hui considéré comme stratégique», ajoute-t-il. Acheté un peu moins de 300 millions d’euros en 2017, la place de marché de publicité vidéo, vaudrait 4 à 5 fois plus cher aujourd’hui.
Ces refinancements, couplés à une utilisation d’une partie de la trésorerie pour rembourser par anticipation des obligations, avaient un second objectif : faire disparaître la dette d’Altice Luxembourg, l’un des trois silos d’endettement du groupe, celui qui porte l’endettement de la holding de tête.
«La suppression de la dette au niveau de la holdco permet de rapprocher la dette des sociétés opérationnelles, à l’image de la structure d’autres câblo-opérateurs comme Liberty Global. A terme, lorsque la cible de levier net de 4 fois l’Ebitda sera atteinte, plutôt que de servir à payer des intérêts la dette, le cash qui remontera vers la holding de tête pourra rémunérer les actionnaires, en dividendes ou en rachats d’actions», explique Jean-René Méduri.
Au bord du précipice fin 2017, Patrick Drahi aura alors, une nouvelle fois, réussi à déjouer les pronostics les plus négatifs. Depuis un an, le cours de l’action Altice a gagné plus de 200%. Et les obligations du groupe cotent au dessus du pair.